L’ancien président de la BCE voit dans les cryptomonnaies des instruments spéculatifs, mais pense que leur technologie a un potentiel révolutionnaire.

L’ancien président de la BCE voit dans les cryptomonnaies des instruments spéculatifs, mais pense que leur technologie a un potentiel révolutionnaire.

Après l’annonce du Brexit, le 24 juin, toutes les places financières plongent. Toutes ? Non. La valeur du bitcoin, une cryptomonnaie totalement décentralisée, monte en flèche, gagnant plus de 9 %. Les monnaies virtuelles sont-elles l’avenir de la finance ?

Jean-Claude Trichet, l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), invité, dimanche 2 octobre, de l’émission « Questions politiques » (en partenariat avec Le Monde, France Inter et France Info) n’est pas un grand admirateur du bitcoin. Pour lui, « le bitcoin est essentiellement – et ça ne me plaît pas du tout – un instrument spéculatif ».

Pourtant, M. Trichet, qui se décrit lui-même comme « un vrai geek bourré de technologies », s’intéresse de près au mécanisme qui a permis l’émergence du bitcoin : la « blockchain », un registre de transaction décentralisé et distribué entre tous les utilisateurs, qui permet de sécuriser les échanges :

« La blockchain est détachable [du bitcoin], et c’est une invention géniale, parce qu’elle repose sur une décentralisation complète de l’enregistrement des transactions. Au lieu d’avoir un système central qui enregistre et qui contrôle tout, on est en présence d’une technologie très impressionnante, qu’on a un peu de mal à pénétrer. […] Mais ça marche, et c’est en train d’être testé sur beaucoup d’autres applications, qui n’ont plus rien àvoir avec le bitcoin. »

Une position assez étonnante de la part d’un homme qui a justement dirigé deux institutions, la BCE et la Banque de France, chargées justement de centraliser les politiques monétaires. Mais M. Trichet voit dans la blockchain un potentiel qui dépasse de loin le seul secteur bancaire.

Stabilité des cours

Dans l’intervalle, ce sont surtout les banques qui s’intéressent aujourd’hui de près à cette technologie – aussi parce que les plus en pointe craignent que la blockchain rende une partie de leurs activités caduques si elles ne prennent pas l’initiative. Au point que les cryptomonnaies pourraient remplacer à terme les monnaies nationales ? Jean-Claude Trichet n’y croit pas vraiment. « Les banques commerciales ne raisonnent pas sur une nouvelle monnaie, mais sur l’euro tel qu’il est. Elles cherchent à préserver le service qu’elles donnent à leurs clients en abaissant les coûts grâce à la blockchain. »

Si les cryptomonnaies ont pris un essor notable depuis la fin des années 2000, elles présentent, estime l’ancien directeur de la BCE, un problème qui fait qu’elles pourraient difficilement se substituer à des monnaies nationales. « Nous venons de faire un bond en avant : on a désormais la même définition de la stabilité des prix dans tous les pays avancés. Or le problème des monnaies électroniques, c’est qu’elles montent et descendent, alors que le système mondial aspire à la stabilité. »

Reste, reconnaît M. Trichet, que « personne ne peut prédire quelles seront les innovations des dix prochaines années ». Et qu’il voit aujourd’hui se produire « des choses qui étaient impensables il y a six ou sept ans. Les Silicon valleys du monde entier passent leur temps à créer de nouveaux concepts. » Des révolutions technologiques et économiques dans lesquelles les Etats-Unis ont encore souvent un temps d’avance. « Nous sommes probablement trop précautionneux en Europe, tandis que les Américains sont probablement trop ouverts à l’innovation. Il faut un mélange des deux. »

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