L’histoire folle du sauvetage de l’or par la Banque de France en 1940.

Pendant toute la durée de la guerre, mises à l’abri hors de l’Hexagone, les réserves d’or détenues par la Banque de France ont échappé aux Allemands et aux Alliés. Retour sur une incroyable épopée qui a permis à la France de financer, à la Libération, sa reconstruction.

Le 14 juin 1940, les troupes allemandes entrent dans Paris au terme d’une offensive militaire foudroyante. Dès le lendemain, deux officiers de l’armée du Reich se présentent au siège de la Banque de France. Leur mission ? S’emparer des réserves d’or français, ainsi que de celles qui ont été confiées par la Belgique et la Pologne à l’établissement, qui jouit du statut d’entreprise privée. Ce formidable trésor compte 2 500 tonnes de lingots et de pièces et représente le deuxième stock d’or de la planète après celui des Etats-Unis. Mais, stupeur, la Souterraine, gigantesque salle des coffres édifiée au sous-sol du siège de la banque, est vide.

« Dès le départ, on a eu le réflexe habituel : si Paris est menacé, on évacue l’or », raconte Didier Bruneel, directeur général honoraire de la Banque de France. « En 1932, poursuit ce dernier, on a pris la décision de commencer à déplacer l’or loin des frontières de l’est. Puis, en 1934, celle de fondre de nombreuses pièces pour obtenir des lingots, plus faciles à transporter. » Jusqu’en 1938, dans le plus grand secret, les réserves entreposées dans les deux cents succursales de province sont convoyées vers les côtes et six cents tonnes d’or sont embarquées pour les Etats-Unis. Au printemps 1939, alors que l’Europe est au bord de l’embrasement, toutes les réserves, mis à part celles du siège, sont déplacées jusqu’aux ports de Toulon, Brest et Bordeaux, prêtes elles aussi à prendre la mer.

Course contre la montre

Le 3 septembre, la guerre avec l’Allemagne est déclarée. Lucien Lamoureux, le ministre des Finances du gouvernement de Paul Reynaud, milite pour le transfert des réserves encore détenues dans la Souterraine. Malgré le refus qui lui est opposé, Lamoureux désobéit et ordre est donné de vider les sous-sols de la Banque de France. Une course contre la montre s’engage dès lors pour faire sortir de métropole les précieuses cargaisons. « Le plan d’évacuation a été exécuté dès septembre 1939, poursuit M. Bruneel. En l’espace d’un mois, tout l’or du siège de la banque a été évacué. C’était une opération extrêmement complexe, parce que cela représentait trente-cinq convois, soit plus de trois cents camions. »

Profitant des quelques mois de répit de la « drôle de guerre », la marine française va ensuite convoyer, entre septembre 1939 et avril 1940, plusieurs centaines de tonnes d’or loin de la métropole, la majeure partie étant confiée, via la ville canadienne de Halifax, à la Réserve fédérale des Etats-Unis, à New York. Elles vont être également stockées à Alger, à Casablanca, en Martinique et au Sénégal. Réclamées par Vichy, exigées par Berlin et convoitées par les Alliés, les réserves d’or de la Banque de France vont échapper, quatre ans durant, aux missions diplomatiques et aux opérations militaires étrangères entreprises pour les récupérer. Une sauvegarde qui doit beaucoup au courage des équipages des navires de guerre qui ont assuré leur transport, mais aussi à celui de cinq des salariés de la Banque de France*, qui ont veillé à les préserver, à terre, de tous les périls et auxquels ce film rend hommage. Finalement, sur les 2 500 tonnes d’or soustraites en 1940 à l’occupant allemand, 395 kilos seulement manqueront à l’appel à la fin de la guerre. Une perte négligeable au regard des multiples risques engagés pour sauver l’or de la France.

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