En résumant un peu trop les événements, nos livres scolaires ont induit des images tronquées concernant l’arrivée, dans l’Empire romain, de ces peuples germains qu’on disait barbares : les Ostrogoths, les Wisigoths, les Burgondes, les Vandales ou, chez nous, les Francs.

Au début, il n’y a pas eu d’invasion barbare dans l’Empire romain, mais une installation dûment autorisée. En outre, on n’imagine pas qu’à l’arrivée sauvage des Huns, tous les Francs de Germanie ou tous les Wisigoths de Roumanie ont quitté leurs terres, leurs biens et leurs villages pour fuir – les premiers – dans la région de Tournai et les autres vers l’actuelle Croatie.

Conquests_of_ClovisIl y a certainement eu un exode comparable à celui que nous avons connu, chez nous, en 1940. Mais ceux qui sont partis étaient ceux qui risquaient le plus : les rois, leur cour, leur noblesse, leurs serviteurs, leurs esclaves et le gros de leur armée. Tout au plus, ces déplacements de populations n’ont-ils dû concerner que quelques petits milliers de familles.

Comme chez nous en 1940, les nouveaux arrivants ont demandé l’hospitalité aux autorités locales. En l’occurrence, l’administration romaine est heureuse de la leur accorder et d’enrôler ces arrivants comme mercenaires dans une armée qui a besoin d’hommes car les Romains de ce temps, qui cultivaient le goût du confort, avaient perdu celui de la guerre. En outre, ces barbares seront les plus motivés si d’aventure les Huns osent s’approcher des frontières de l’Empire. Pour les encourager, on donne à leurs rois et à leurs nobles des postes de commandement dans cette armée romaine.

C’est dans de telles conditions que le peuple des Francs, franchissant le Rhin, est arrivé sur le territoire de notre Belgique où les Gaulois, colonisés par les Romains depuis le temps de Jules César, quatre siècles plus tôt, vivaient totalement romanisés. La cohabitation ne posa guère de problèmes et, plus tard, en 451, lorsqu’Attila lancera ses Huns à l’assaut de nos régions, les Francs seront les alliés des Romains et ils vont le repousser.

Après 476, lorsque l’Empereur romain d’Occident sera déposé, le roi des Francs, Childéric, restera fidèle à l’Empire et il se soumettra à Zénon, l’Empereur d’Orient. Les populations gallo-romaines reconnaîtront l’autorité de ce Childéric qui, contrôlant des armées, est le mieux placé pour les protéger. Cela dit, dans les régions voisines, on se placera sous la protection d’autres chefs de guerre. Et, tandis que l’Empire se démembre et que des populations, à gauche et à droite, refusent de se soumettre aux nouveaux maîtres de Rome, on assiste à des combats entre chefs et à des batailles, à des mariages politiques, à des pactes. Le fils de Childéric finira par émerger. Il s’appelle… Clovis.

L’immense majorité de ses sujets – et de nos ancêtres – étaient donc des Gallo-romains. C’est d’ailleurs en geste de conciliation et d’apaisement que Clovis acceptera de recevoir le baptême catholique qu’il imposera aussi à trois mille de ses soldats francs. Ce baptême, reçu en la cathédrale de Reims, un 25 décembre vers l’an 500, marque le début du royaume des Francs.

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