Le chiffre interpelle : au 1er octobre 2015, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, 128 préfets sans affectation territoriale étaient recensés. Un chiffre qui est… supérieur au nombre de préfets en poste dans une préfecture, ou sur une collectivité, dont les effectifs sont «seulement» de 127.

Une cinquantaine de préfets sans mission réelle

Plus gênant encore, le rapporteur de la mission parlementaire «Administration générale et territoriale de l’Etat» n’hésite pas à dénoncer des nominations «du seul fait de la décision du Prince», rappelant un référé de la Cour des Comptes en septembre 2014 qui critiquait la «minceur des missions d’une partie des préfets hors cadre, voire pour certains l’absence d’activité». Un effort avait pourtant été fait avec un décret du 15 mai 2015 supprimant la position «hors cadre» pour la remplacer par une nomenclature plus précise (mais purement cosmétique aux yeux de la mission parlementaire).

L’essayiste Roland Hureaux, auteur de La grande démolition, la France cassée par les réformes (Buchet-Chastel, 2012), qui confirme que le phénomène touche «une cinquantaine de préfets» (soit environ un préfet sur cinq) voit également un autre phénomène que les recasages de complaisance pour expliquer le phénomène: le manque de flexibilité dans les carrières pour des préfets qui ne peuvent plus évoluer dans leur parcours. «Le corps préfectoral est largement constitué d’énarques qui rentrent à 25 ans dans la carrière. Les bons éléments deviennent préfet vers 40 ou 45 ans. Mais il y a un cap à 50 ans. Ceux qui ont les compétences pour encore évoluer deviendront des préfets de région, mais les autres ne peuvent pas tous rester à leur poste, car de nouveaux préfets nommés arrivent derrière. Or, les détachements sont devenus plus difficiles, avec une rigidification entre les corps de la fonction publique. On se retrouve donc avec des hauts fonctionnaires mis de côté qu’il faut bien affecter quelque part…»

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